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Par quoi commencer un dessin de nature ? Comment choisir son sujet, et comment le simplifier pour ne pas se sentir perdu devant tous les détails ?

Quand j’ai commencé à dessiner dehors, je me retrouvais souvent bloqué devant mon carnet. J’avais envie de bien faire, alors je m’appliquais, je cherchais le dessin précis, j’effaçais, je recommençais …

Et au bout d’une heure, je me rendais compte d’une chose un peu bête : j’avais passé tout ce temps le nez sur ma feuille, et presque pas à regarder ce que j’étais venu observer. C’est frustrant. Et à force, ça décourage : on finit par laisser le carnet dans le sac.

Puis j’ai compris quelque chose de simple. Dehors, la vraie contrainte, c’est le temps. Et pour en profiter, il ne s’agit pas de tout dessiner, mais de croquer vite. C’est-à-dire de simplifier : choisir ce qu’on représente, et ce qu’on ne représente pas.

Dans cet article, je vous partage l’approche qui fonctionne pour moi en ce moment, celle que j’utilise sur une vraie page de carnet, autour d’une simple fleur croisée en chemin. Vous verrez, ce n’est pas plus compliqué que ça. 🙂

Par quoi commencer un dessin de nature ? On commence par ce qui attire l’attention, pas par la technique. On choisit un sujet qui nous intrigue, on pose sa forme globale en quelques traits légers, puis on prend le temps du détail seulement là où ça nous intéresse.

Croquer vite, ça veut dire quoi ?

Croquer vite, ça ne veut pas dire dessiner vite pour dessiner vite. Ça veut dire simplifier. Et simplifier, c’est faire un choix : décider ce qu’on représente, et ce qu’on laisse de côté.

Parce que dehors, on ne peut pas tout dessiner. Le temps manque, la lumière change, un animal passe … Alors on trie.

Le piège, c’est de croire qu’il faut aller vite partout. En fait, l’idée c’est plutôt d’aller vite là où ça vous intéresse moins, et de prendre votre temps là où ça vous intéresse vraiment.

Certaines parties du sujet valent quand même la peine d’être posées, juste pour situer le reste : on les trace rapidement, sans se soucier des contours exacts. Et ce qui ne vous intéresse pas du tout, vous le laissez de côté, tout simplement.

D’une certaine façon, croquer sur le vif, c’est un peu comme prendre des notes plutôt que rédiger un texte au propre. Personne ne vous demande de tout écrire mot à mot : vous gardez l’essentiel, en style télégraphique, ce qui compte pour vous en souvenir. Le carnet nature, c’est pareil, mais avec le crayon.

Reste une question : comment savoir ce qui vous intéresse ? Ça se joue avant même de sortir le crayon, dans l’attention. Vous prenez le temps de vous poser, de regarder autour de vous, et de sentir ce qui vous attire, ce qui vous intrigue. Savoir ce qui vous intéresse, c’est déjà savoir quoi dessiner, et par où commencer.

Et c’est là tout le bénéfice : en simplifiant, on passe plus de temps à observer le vivant, et moins à fixer sa feuille. Même rapide, même raté, un petit croquis vous oblige à regarder vraiment.

Vous devenez plus attentif, plus curieux, et vous vous souvenez bien mieux de ce que vous avez vu qu’avec une simple photo prise à la volée. C’est un peu ça, pour moi, tout l’intérêt du carnet nature.

Le saviez-vous ?

On croit souvent que toutes les tiges sont rondes. En regardant de plus près, vous verrez que non : certaines plantes ont une tige carrée, d’autres une tige triangulaire. C’est le genre de détail qu’on ne remarque jamais tant qu’on ne s’arrête pas pour le dessiner. Et c’est souvent un bon indice pour reconnaître une famille de plantes.
Bon, assez parlé de principes. Le mieux, c’est de vous montrer concrètement comment ça se passe, sur une vraie page.

Comment je m’y prends, sur une vraie page de carnet

Une chose d’abord : la page que j’ai obtenue a l’air riche, avec plein de petits dessins et d’annotations. Pourtant, elle m’a pris peu de temps.

Ce ne sont pas de grands dessins parfaits, mais une suite de petits croquis simples. Une belle page de carnet n’est pas forcément une longue page de carnet.

Choisir un sujet : se laisser attirer

Un jour, en me baladant, je suis tombé sur une fleur au bord du chemin. Ses pétales avaient une forme un peu bizarre, et ça m’a intrigué. J’ai eu envie de m’arrêter pour mieux la comprendre.

C’est tout : pas de réflexion compliquée derrière le choix d’un sujet, quelque chose accroche l’œil et on a envie d’y regarder de plus près.

Et si rien ne vous attire, ou si la page blanche vous bloque ? Commencez par écrire : ce que vous voyez, vos questions, ce que vous ressentez … Souvent, ça détend, et le dessin vient ensuite presque tout seul.

Poser les grandes formes, sans se crisper

Une fois le sujet choisi, pas la peine de foncer dans le détail. On commence par poser la forme d’ensemble, en appuyant à peine.

Ma fleur tenait dans un ovale : je trace l’ovale, puis j’y place les pétales, rapidement. Est-ce exact ? Pas vraiment, et ce n’est pas grave : ces premiers traits servent juste à situer les choses, ils disparaîtront presque à la fin. C’est tout le principe des traits de construction.

Traits de construction d'un dessin de nature : forme globale en ovale puis structure en cône pour placer les pétales

Les grandes formes d’abord

Pour placer les pétales plus justement, un réflexe aide beaucoup : regarder aussi les espaces entre eux, ce qu’on appelle les espaces négatifs.

Observer le vide autour d’une forme, c’est souvent plus simple que la forme elle-même. Essayez, vous verrez la différence tout de suite.

Gros plan d'une fleur croquée au crayon en observant les espaces négatifs entre les pétales

Les espaces négatifs entre les pétales

Mon premier croquis, honnêtement, n’était pas terrible : trop appuyé, un peu brouillon. C’est normal. Le premier dessin, c’est un peu comme la première crêpe, souvent ratée, et il faut en passer par là. Ne jetez pas la page, continuez juste à côté.

Chercher la structure pour aller vite

Voir la structure d’un sujet, c’est ce qui permet d’aller vite. Mes pétales formaient en fait un cône, comme beaucoup de fleurs : une fois qu’on voit ça, on pose le cône, on répartit les pétales autour, et le plus dur est fait.

(Petit truc pour le volume : je repasse un peu plus les pétales de devant et je laisse ceux de derrière plus discrets, ça donne de la profondeur sans effort.)

Sous la fleur, de petites écailles montaient comme sur une pomme de pin. Pas besoin de les compter une à une : ce qui compte, c’est de garder l’idée, pas le nombre exact. C’est souvent ça, croquer vite.

Et mieux vaut plusieurs petits dessins qu’un seul grand, une vue de face, une vue de côté, chacun racontant quelque chose de différent.

Zoomer, mesurer, noter ses questions

Pour les détails les plus fins, l’œil nu ne suffit pas. Là, une petite loupe de botaniste change tout : j’ai dessiné, agrandi à côté, ce que je découvrais dedans, les dents des écailles, la forme des étamines.

Le zoom sur la page sert exactement à ça, montrer ce que le regard normal ne donnait pas.

Détail d'un bouton de fleur agrandi à la loupe de botaniste dans un carnet nature, écailles et étamines dessinées

Le détail à la loupe

Et un carnet nature, ce n’est pas que des dessins. J’ai mesuré la plante (environ 95 cm), noté la date et le lieu, puis surtout mes questions : la plupart de ces fleurs étaient violettes, mais l’une d’elles était rose … qu’est-ce qui joue sur la couleur ? Le soleil, la plante, les pollinisateurs ?

Aucune réponse sur le moment, et ce n’est pas grave. Noter la question, c’est déjà mieux observer.

Laisser la page se remplir

Au final, sans vraiment m’en rendre compte, la page s’est remplie. Plusieurs petits dessins, des notes, des questions … une page vivante, sans jamais avoir cherché « le beau dessin ».

J’aurais pu continuer encore : une page de carnet n’est jamais vraiment finie, elle s’arrête quand la curiosité s’arrête. L’essentiel est là : j’ai observé, compris, et gardé une trace de ce moment.

Et quand le sujet bouge ? Le cas des insectes

Une fleur, c’est confortable : ça ne bouge pas. Un insecte, un oiseau, c’est une autre histoire … Là, le secret c’est d’abandonner tout de suite l’idée du beau dessin fini, et de faire plutôt plusieurs petites études rapides.

Chacune attrape une seule chose : une posture, des proportions, un motif, une partie du corps. On ne dessine pas la bête en entier, on attrape ce qui nous intéresse, morceau par morceau.

Quelques petits trucs qui aident vraiment :

  • Choisir un angle simple. Le moro-sphinx, par exemple : je l’ai croqué presque de face, sans perspective compliquée, presque en deux dimensions. C’est bien plus facile à saisir quand ça bouge dans tous les sens.
  • N’attraper qu’une partie. Sur un autre insecte, je n’ai fait que l’abdomen et son motif, une petite vue de côté, une vue de dessus … ça suffit à garder l’information.
  • Ralentir le sujet. Une boîte-loupe permet d’observer un insecte tranquillement le temps du dessin, avant de le relâcher là où on l’a trouvé. Et rien n’empêche une photo ou une petite vidéo pour finir au calme.
Petites études rapides d'insectes au crayon dans un carnet nature, vues de face et de côté

Études d’insectes, à la volée

Le saviez-vous ?

Le moro-sphinx, ce papillon qui butine en vol stationnaire, est souvent pris pour un colibri. C’est justement parce qu’il fait du surplace une seconde ou deux au-dessus des fleurs qu’on arrive à l’observer, et donc à le croquer, malgré sa vitesse.
Et n’hésitez pas à mettre un peu de vous dans la page. Sur un coléoptère, j’ai fait une vue de dessus, une vue de côté, et une petite bulle pour noter qu’il s’était envolé …
Croquis d'un coléoptère de dessus et de côté avec annotations de couleurs dans un carnet nature

Le coléoptère fugueur

Une dernière chose, et elle compte : dessiner ce qui bouge, ça s’apprend. Ce n’est pas un don. C’est de l’observation et un peu de mémoire visuelle, le fait de retenir une image le temps de la poser sur le papier.

Ça vient avec la pratique. Alors gardez le plaisir avant tout, restez en mode prise de notes, et vos dessins deviendront plus justes tout seuls, sans que vous ayez à vous forcer.

À vous de jouer, dès votre prochaine sortie

Le mieux pour que tout ça devienne concret, c’est d’essayer. Et pas besoin de matériel compliqué : un carnet et un crayon suffisent.

Sortez, prenez le temps de vous poser, et laissez un sujet vous attirer. Puis faites quelques petits croquis rapides : allez vite sur ce qui vous intéresse moins, prenez votre temps sur ce qui vous intéresse vraiment. Posez d’abord les formes et les proportions en traits légers, avant de repasser pour le détail.

Notez les questions qui vous viennent, faites une nouvelle observation, un nouveau croquis … Continuez tant que des questions vous viennent, et arrêtez-vous quand il n’en vient plus. Pas de quota, pas de belle page à réussir. Juste le plaisir de regarder d’un peu plus près.

Pour résumer

Alors, par quoi commencer un dessin de nature ? Par le regard, pas par la technique. Vous choisissez ce qui vous attire, vous posez la forme globale en traits légers, vous simplifiez en allant vite sur l’accessoire et doucement sur l’essentiel, et vous notez vos questions au passage.

Souvenez-vous de la frustration du début, ces heures passées le nez sur la feuille à s’appliquer et à effacer. Avec cette approche, elle disparaît, tout simplement parce qu’on remet l’observation du vivant au centre. Et le beau dessin, lui, finit par venir tout seul, plus tard, sans qu’on le cherche.

Personnellement, depuis que j’ai lâché l’idée du beau dessin à tout prix, je sors mon carnet plus souvent, et curieusement, mes pages me plaisent davantage. C’est peut-être ça le plus surprenant dans cette histoire : en arrêtant de courir après le résultat, on finit par s’en rapprocher.

Peut-être que certaines de ces idées vous parleront, d’autres moins, et c’est très bien : prenez ce qui vous est utile. Si vous voulez creuser une étape en particulier, j’ai des articles dédiés pour aller plus loin, que ce soit sur la façon de simplifier un sujet ou sur le dessin des insectes qui bougent.

Et surtout, tentez l’exercice à votre prochaine sortie 🙂. Si vous avez des questions ou envie de partager vos observations, rendez-vous dans l’espace commentaires juste en dessous : j’y réponds toujours avec plaisir.

Bonnes observations, et à très vite !

Et si vous preniez 3 minutes pour faire le point ?

J’ai préparé un court questionnaire pour mieux comprendre ce qui vous aiderait vraiment à progresser dans votre pratique du dessin nature.

👉 Cela m’aide à faire évoluer le blog… et peut aussi vous aider à y voir plus clair.

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