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Comment dessiner la nature quand tout paraît intéressant et complexe ?

Ça m’est arrivé de nombreuses fois : devant tout ce qu’il est possible de dessiner, ne pas savoir par quoi commencer, parce que tout paraît intéressant, ou parce qu’il y a tellement de possibilités que rien ne semble se dégager du reste.

Et une fois le sujet choisi, qu’est-ce qu’on dessine précisément ? Comment simplifier tous ces détails et comment dessiner des sujets compliqués ?

Très souvent, j’ai passé beaucoup de temps à tout dessiner de mon sujet, pour me rendre compte à la fin que je n’avais pas pris le temps d’observer et dessiner ce qui m’intéressait vraiment… Par manque de temps, la page se retrouve inachevée, avec le truc qui m’intéressait le plus qui n’est pas dessiné… C’est plutôt démotivant, et ça n’incite pas vraiment à recommencer.

Dans cet article je vous propose de voir comment choisir ses sujets de dessins plus facilement, et comment les simplifier pour passer plus de temps sur ce qui nous intéresse vraiment.

Vous allez voir, même en peu de temps, il est possible de prendre en note ce qui nous intéresse dans la nature, pour s’en souvenir et apprendre à mieux le connaître 🙂

C’est parti !

Pourquoi et comment choisir ce que l’on dessine

Dessiner diffère radicalement de la photo sur un point : on ne peut pas être aussi précis sur le nombre de détails, surtout quand on dessine dehors et que le temps est une vraie contrainte.

On n’est pas forcément bien installé, on est peut-être attendu ou d’autres obligations font que l’on ne veut pas rester trop longtemps sur place…

Vous pouvez trouver quelques astuces pour dessiner plus facilement dehors ici d’ailleurs 😉:  Comment dessiner sur le terrain plus facilement : 4 compétences à travailler.

Dessiner c’est donc avant tout choisir ce que l’on dessine et ce que l’on met de côté.

C’est essentiel parce que :

  • Pour le temps : dessiner prend du temps et ajouter des détails est très chronophage. En pratique, vouloir tout dessiner de manière très détaillée aboutit souvent à un dessin non fini ou à moins de temps passé à observer et représenter ce qui nous intéresse, ce qui est dommage et n’incite pas à recommencer.
  • Pour la clarté et le côté artistique : tout dessiner avec un même niveau de détails partout perd le regard de la personne qui regarde le dessin. On perçoit moins la profondeur (l’arrière-plan est souvent moins détaillé pour donner cet effet de perspective) et on ne sait pas où regarder sur le dessin, on comprend moins ce qu’a voulu montrer le dessinateur.

La clé est donc de faire des choix. Si ce qui nous intéresse est un détail précis, on va commencer par là et ne pas perdre de temps à dessiner très en détail tout ce qu’il y a autour.

Pour comprendre ce que l’on a voulu dessiner, le contexte est quand même utile, simplement on ne va pas passer l’essentiel de son temps dessus. Si on s’intéresse à une plante, c’est par exemple utile d’indiquer dans quel environnement elle pousse, avec quelques tracés rapides, mais on se concentrera plutôt sur la plante.

Voyons concrètement comment faire et ce que ça peut donner.

Comment faire en pratique

1. Définir le sujet et le contexte

Le sujet

Le sujet est ce qui nous intéresse, ce sur quoi on va passer du temps. Pour le choisir vous pouvez vous orienter vers ce que vous trouvez beau, curieux, intéressant, ce sur quoi vous aimeriez apprendre des choses ou ce dont vous voudriez vous rappeler (quelques idées de sujet à dessiner au fil des saisons juste ici 😉).

Ça dépend vraiment de chacun. De mon côté, je trouve plus facile de chercher ce que je trouve beau : il n’y a pas besoin de réfléchir comme c’est une histoire de ressenti, et c’est plutôt motivant de le dessiner puisque ça permet de s’en souvenir.

Dessiner, prendre des notes, est aussi un excellent moyen de découvrir la nature et d’apprendre des choses dessus mais j’ai trouvé que quand je rencontre quelque chose que je trouve seulement intéressant ça ne suffit souvent pas à me motiver pour le dessiner.

La curiosité vient souvent une fois que le dessin est commencé et que je me suis penché sur mon sujet avec un peu plus d’attention.

J’ai trouvé que c’est aussi plus motivant d’y aller par l’aspect beauté pour prendre le temps d’ajouter des couleurs ou certains détails par exemple.

Le mieux est encore de tester de votre côté pour voir ce qui vous motive à vous lancer dans un dessin, l’aspect curiosité ou l’aspect beauté.

Vous pouvez par exemple vous demander, avant de vous lancer dans un dessin :

  • Est-ce que ça m’intéresse / qu’est-ce qui m’intéresse ?
  • Qu’est-ce que je trouve beau, qu’est-ce qui me touche ?
  • De quoi j’ai envie de me souvenir ?

Sur un même sujet il est possible qu’il y ait différentes choses qui attirent votre attention : sur une plante peut-être que ce qui vous touche le plus c’est les motifs et couleurs sur les feuilles, mais peut-être que la forme des feuilles vous intéresse aussi, juste un peu moins.

L’idée générale est que plus quelque chose vous intéresse, plus vous devriez passer du temps à l’observer et à le représenter en détails. Si la feuille vous intéresse un peu moins, passez un peu moins de temps à la dessiner et ajoutez moins de détails.

L’idée est la même pour un paysage : identifiez ce qui vous intéresse, ce que vous trouvez beau et vous donne envie de dessiner, puis passez plus de temps sur cet élément et moins sur le reste.

schéma temps passé, détails et intérêt

Le temps passé et le nombre de détails ajoutés devrait surtout dépendre de l’intérêt que vous avez pour votre sujet

C’est quand même intéressant et utile d’ajouter du contexte, pour mieux comprendre et se souvenir de ce que l’on a voulu représenter : où c’était ? Quand c’était ?

Voyons ça tout de suite.

Le contexte

Le contexte de l’observation peut être représenté rapidement, sans détails. Si on s’intéresse à la feuille d’une plante, ça peut être utile d’avoir quelques infos sur la plante elle-même, son aspect, où elle pousse, à quelle saison on est… Pour un paysage, ça peut être intéressant de savoir si on est plutôt à la montagne, en forêt etc.

Le contexte peut aussi être indiqué à l’aide de mots : on peut écrire rapidement la date, le lieu, voire la météo et la température.

Prise en note du contexte - metadonnées

Ce genre d’infos sont très rapides à noter et sont très utiles 😉

Il y a enfin le cadre du dessin. Ce n’est pas essentiel, mais ça peut être utile.

Le cadre

C’est tout simplement ce qui forme la composition. Cela peut donner un effet artistique sympa mais peut aussi faciliter la lecture et la compréhension de la page de carnet nature.

Cela peut complexifier un peu notre affaire donc si c’est le cas, ne vous occupez pas trop de ça pour l’instant. L’important est avant tout de sortir son carnet, observer et dessiner 🙂

Si la composition apporte une couche de complexité qui vous empêche de dessiner ce serait dommage. Vous aurez tout le temps de vous en occuper plus tard.

Il est d’ailleurs possible de réfléchir à la composition avant de commencer son dessin, ou après.

Pour un paysage, il s’agit de choisir le point de vue et le cadre de son dessin. Des règles de composition comme la règle des tiers peuvent aider pour choisir où mettre la ligne d’horizon ou comment placer les points d’intérêt.

Paysage avec règle des tiers pour la composition

Les points d’intérêt peuvent être placés au croisement des lignes selon la règle des tiers (d’après Tim Mrzyglod, Pixabay)

Le cadre peut aussi être représenté par un élément au premier plan : une vue à travers une fenêtre ou à travers des arbres par exemple.

Si vous faites une page de carnet avec plusieurs dessins, vous pouvez jouer sur la taille de chaque dessin (le sujet principal peut être plus gros), vous pouvez encadrer les dessins en les faisant en partie sortir du cadre, relier les dessins à l’aide de flèches…

Une fois que l’on a bien défini notre sujet et le contexte utile, qu’est-ce que l’on fait ? Comment représenter tout ça ? Voyons tout ça tout de suite 🙂

2. Dessiner avec plus ou moins de détails

Le principe

Plus un sujet nous intéresse, plus on va y passer de temps et ajouter de détails. Le contexte est ajouté rapidement, on ne veut pas perdre de temps dessus mais c’est utile de l’indiquer.

L’idée est donc d’avoir une échelle de détails, du plus au moins détaillé, du sujet qui nous intéresse le plus, au contexte général.

échelle de détails et types de détails en fonction de l’intérêt

Petit exemple de niveaux de détails en fonction de l’intérêt porté au sujet, du sujet principal au contexte général

Le sujet peut tout à fait être général : c’est peut-être le paysage global qui vous intéresse, et le premier plan vous intéresse moins. La logique reste la même, passez plus de temps sur ce qui vous intéresse le plus 🙂.

Quelques exemples

Dessin orienté sujet

Prenons un exemple : j’ai croisé une orchidée en balade, et ce qui m’intéresse vraiment, ce que je trouve beau, c’est les motifs tachetés sur les feuilles et le détail d’une des petites fleurs.

Dans ce cas je peux commencer par faire le dessin d’une des fleurs en détails, en prenant du temps et en mettant de la couleur par exemple, c’est mon sujet principal.

Pour comprendre comment s’insère la fleur dans la plante au global, c’est utile de faire un croquis rapide, peu détaillé, de la plante dans son ensemble. Je peux relier les deux par une flèche.

Je peux enfin faire une vue zoomée d’une partie d’une feuille, pour indiquer les motifs qui m’intéressent.

Pour ajouter du contexte, je peux mettre la date, le lieu, voire ajouter un peu de couleur au fond pour indiquer dans quel milieu je me trouve. Si pendant que je dessine quelque chose attire mon attention, je peux tout à fait faire un dessin détaillé à côté, en indiquant que ce dessin est une vue zoomée du dessin global.

Page de carnet nature sur une orchidée simplifiée

Petite page express : la plante est dessinée rapidement, sans détails, c’est le contexte dont je veux me souvenir

Sujet complexe mais répétitif

Une inflorescence d’orchidée sauvage peut être assez complexe et longue à dessiner en fonction des espèces. Certaines ont de toutes petites fleurs regroupées ensemble et on peut un peu s’y perdre.

C’est le cas pour d’autres fleurs ou pour des sujets comme les feuilles de fougères. On retrouve une structure relativement simple, répétée de nombreuses fois. Si on cherche à tout dessiner, ça peut vite devenir long et compliqué. 

Ici notre sujet peut être une des fleurs d’orchidée ou la structure d’une partie de ma feuille de fougère. Le contexte est la structure globale, comment les fleurs sont regroupées en paquet ou comment est organisée ma feuille de fougère.

schéma feuille de fougère simplifiée

Ou comment ne pas passer 4 heures devant une feuille de fougère et quand même prendre en note l’essentiel

Si mon sujet, ce qui m’intéressait le plus était la feuille de fougère dans son ensemble, j’aurais pu passer du temps à tout représenter. Le temps et les efforts auraient été bien dépensés puisque j’aurais représenté ce qui m’intéresse. Donc zéro frustration.

Au contraire, se lancer dans le dessin de toute la feuille alors que ce qui m’intéresse vraiment est juste une partie risque de me frustrer puisque ça aurait pris beaucoup de temps alors que ça ne m’intéresse pas vraiment…

Dessin de paysage

Pour un paysage avec des oies par exemple, mon sujet peut être les oies. Le contexte peut être l’arrière-plan avec la silhouette des arbres au loin. Le cadre est la composition elle-même, et je peux m’aider de la règle des tiers pour choisir comment cadrer mon dessin.

Au passage, c’est vraiment utile de s’entraîner à partir de l’extérieur plutôt qu’à partir de photos pour le dessin de paysage (pour aller plus loin sur ce point, voyez Comment dessiner des paysages facilement et rapidement 😉).

Une des choses qui n’est pas évidente dans ce type de dessin est justement de choisir ce que l’on inclut dans le dessin et comment cadrer le tout.

Les photos trouvées en ligne sont souvent déjà cadrées avec des règles de composition ce qui ne permet pas d’être dans des conditions réelles et de s’entraîner à sélectionner quelle partie du paysage on veut dessiner.

Dessin de paysage avec oies sur un lac

Les arbres sont dessinés très rapidement, cela permet de savoir où est la scène, sans y passer trop de temps

Dessin de paysage avec Héron gris

Des arbres au premier plan forment le cadre qui cache en partie le reste

À retenir :

Il n’y a pas vraiment de règles fixes et établies, tout est une question de préférences et de style évidemment.

L’idée est juste de prendre le temps de définir le sujet qui nous intéresse, le contexte utile, et éventuellement le cadre. On joue ensuite sur le niveau de détails et le temps passé à dessiner avec la règle de passer plus de temps sur ce qui nous intéresse, et beaucoup moins sur le contexte.

On met donc plus de couleurs et de détails sur le sujet principal, et beaucoup moins pour le contexte.

Avec ce principe, pour le dessin de paysage par exemple, il est possible de ne mettre de la couleur que sur ce qui nous intéresse, sur notre sujet, ou de mettre de la couleur partout mais plus rapidement pour le contexte, ou avec moins de détails par exemple.

Dessiner ce qui nous intéresse vraiment deviens alors plus rapide et facile et c’est donc plus évident de le faire régulièrement même quand on a peu de temps.

Conclusion

Dessiner permet d’observer plus attentivement, de faire des découvertes et de s’en souvenir. Le côté plaisir est important, c’est lui qui motive à recommencer, sortir son carnet et observer le vivant.

Pour ça il faut prendre en compte la contrainte principale que l’on a quand on est dehors : on a souvent un temps limité pour observer et représenter ce que l’on a sous les yeux. Si on veut que cette activité soit un plaisir et si on ne veut pas être frustré, c’est important de passer du temps sur ce qui nous intéresse vraiment : ce que l’on trouve beau, curieux, ce dont on veut se souvenir ou ce sur quoi on veut apprendre des choses.

Il n’y a pas besoin de faire un dessin avec des détails soignés partout, concentrez-vous d’abord sur ce qui vous intéresse, et suggérez le reste, avec les astuces que l’on a vues dans cet article.

En faisant comme ça, vous verrez que même si vous avez peu de temps devant vous, vous pourrez repartir avec un croquis de ce que vous avez observé et dont vous voulez vous souvenir. Vous aurez du plaisir à dessiner et n’aurez plus d’appréhension à vous lancer dans un petit croquis rapide puisque vous saurez que vous n’avez pas besoin de tout dessiner et que vous pouvez donc finir votre dessin.

J’espère que cet article vous a plu et vous a donné des idées concrètes à tester 🙂

La prochaine fois que vous sortez le carnet, testez juste une chose : un seul sujet principal, le reste suggéré. Et dites-moi en commentaire ce que ça a changé pour vous, ou posez vos questions, j’y répondrai avec plaisir 🙂

Bonnes sorties nature, bonnes découvertes et bons dessins !

Ressources

  • Nishant Jain (« The Sneaky Artist »), Gardens & People: Beauty and Beholders — Wild Wonder Conference 2025, organisée par la Wild Wonder Foundation, conférence en ligne du 13 septembre 2025.
  • John Muir Laws, The Laws Guide to Nature Drawing and Journaling, Heyday, 2016.

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