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Il fait beau. Vous avez votre carnet, votre crayon, peut-être quelques feutres. Vous êtes dehors, dans un parc, une forêt, votre jardin. C’est le moment.

Mais voilà : qu’est-ce qu’on dessine ?

Rien ne retient particulièrement l’attention. Ou au contraire, il y a tellement de choses que vous ne savez pas par où commencer. Vous regardez autour de vous, vous attendez une sorte d’évidence qui ne vient pas. Et parfois, on rentre de la balade sans avoir tracé un seul trait.

Ce n’est pas grave en soi. Mais si c’était l’intention du départ, c’est plutôt frustrant. Et cette frustration-là, répétée deux ou trois fois, finit par décourager. On hésite à reprendre ses affaires la semaine suivante.

Ce blocage du choix est très courant, surtout au début. Et pourtant, il y a une astuce toute simple pour le contourner – avec presque aucune préparation. C’est ce que je veux vous partager dans cet article.

Elle m’a beaucoup aidé à dépasser cet obstacle. Et plus que ça : elle m’a aidé à voir comment explorer la nature différemment, avec plus de curiosité, et à faire plus de découvertes à chaque sortie.

Vous trouverez une fiche récapitulative téléchargeable dans les ressources en fin d’article.
C’est parti ! 

Dessiner pour apprendre et découvrir

Avant d’entrer dans la méthode, un point important – peut-être le plus important de tout l’article.

Quand on parle de “dessiner la nature”, le dessin n’est pas l’objectif. C’est un outil.

Prendre un crayon et tracer ce qu’on observe sur une feuille, ça force à regarder plus attentivement. Ça aide à mémoriser. Ça ancre l’expérience. C’est une manière de ralentir et de vraiment voir ce qui est là, devant soi.

L’objectif ici n’est pas le résultat sur la feuille. C’est ce que le fait de dessiner vous permet : observer plus finement, retenir ce que vous voyez, faire des petites découvertes, s’émerveiller. Le résultat esthétique vient avec la pratique et la régularité – mais ce n’est pas l’enjeu de cette activité.

C’est l’approche du carnet nature, ou Nature journaling : noter ses observations pour mieux observer, découvrir des choses, être de plus en plus curieux, et s’émerveiller de la diversité, de la beauté et de la complexité du vivant.

“Un naturaliste est quelqu’un qui étudie toute la nature, qui est constamment curieux, veut toujours apprendre ou voir quelque chose de nouveau, ou veut regarder plus profondément et attentivement quelque chose qu’il connaît déjà ou qu’il pense connaître.” – Libby Mills, naturaliste, artiste et éducatrice

Le saviez-vous ?

 Les scientifiques naturalistes utilisent le dessin comme outil de travail – pas seulement pour documenter, mais parce que l’acte de dessiner force à regarder plus attentivement. Nina Sokolov, scientifique spécialiste des abeilles sauvages, explique que c’est précisément ce qui rend le dessin utile dans sa recherche : “La taxonomie consiste essentiellement à voir les différences entre les espèces.” Tenir un carnet nature vous met dans le même état d’esprit.

Choisir un endroit de nature accessible

Une chose pratique avant tout : cette activité fonctionne mieux si vous avez un coin nature proche de chez vous, accessible à pied. Pas besoin d’organiser une expédition.

Un jardin, un parc public, une prairie, un bois à dix minutes à vélo… L’idée est de pouvoir y aller souvent, spontanément, sans logistique. C’est ce que Verena Hillgärtner, éducatrice et artiste, appelle un “sit spot” : un endroit que vous pouvez revisiter régulièrement, “comme se brosser les dents”. Et elle ajoute quelque chose d’important : “ce n’est pas tellement l’endroit où vous êtes qui compte, mais le fait d’y être – régulièrement, attentif, curieux.”

Une plante en pot sur le rebord de fenêtre peut dépanner pour s’exercer. Mais pour l’activité dont on parle ici – l’exploration active d’un milieu naturel – il vous faut un peu d’espace et de diversité.

Parc urbain nature et arbres

Un espace de nature proche et accessible est idéal pour dessiner régulièrement (Albrecht Fietz, Pixabay)

Explorer le vivant avec un dé

C’est justement Verena Hillgärtner qui propose la méthode que je vais vous présenter, dans une conférence que j’ai suivie l’année dernière : la Wild Wonder Conference 2025, un événement annuel en ligne avec de nombreux intervenants sur le dessin et la nature. Sa conférence s’intitulait “In Merian’s Footsteps : Backyard Expeditions for the Curious”.

Le dé est l’outil parfait pour l’exploration. Il oriente les choix, et laisse ensuite toute la place à l’imprévu et à la découverte. On n’a plus à décider – le dé décide pour nous. Et une fois le sujet donné, on part en exploration.

C’est une idée qu’on retrouve dans le concept de micro-aventure : pour explorer un lieu sans plan préétabli, certains utilisent un dé pour décider à chaque carrefour quelle direction prendre. C’est la même logique ici, appliquée à l’observation de la nature.

Autre avantage : un dé, c’est minuscule. Ça rentre dans n’importe quelle poche. Et si vous préférez ne rien emporter de plus, il existe des applications gratuites sur téléphone – de mon côté, j’utilise par exemple l’application de 7pixels, disponible sur le Play Store.

Pour cette activité, vous n’avez besoin que de trois choses : un carnet, un crayon, et un dé.

Maintenant qu’on comprend le principe et l’esprit de la démarche, voyons comment l’utiliser concrètement.

La méthode des deux lancés

Le fonctionnement est simple. Chaque face de votre dé correspond à un type de sujet. On fait deux lancés pour affiner le choix : le premier donne une catégorie générale, le second précise le sujet.

Ensuite, vous cherchez dans l’espace où vous êtes quelque chose qui correspond à ce résultat – et vous l’observez, vous le dessinez.

1er lancé : la catégorie

Thèmes de dessin nature

Le premier lancé donne la catégorie générale

2e lancé : le sujet précis

Thème de dessins nature détaillés

Le deuxième lancé permet de préciser le sujet

Ces catégories et sujets sont ceux proposés par Verena Hillgärtner. Rien ne vous oblige à les garder tels quels. Vous pouvez tout à fait les adapter en fonction du milieu où vous allez, de la saison, ou de vos envies. L’important, c’est le principe : laisser le dé restreindre le champ pour mieux explorer.

Deux exemples pour voir comment ça marche

Vous lancez le dé et vous obtenez 4, puis 1. Résultat : couleurs jaune et orange. Vous partez maintenant à la recherche de tout ce qui est jaune ou orangé dans votre espace – une fleur, une feuille tombée, un champignon. Vous en choisissez un, vous vous installez, et vous le dessinez.

Autre lancer : 2, puis 4. Résultat : sons d’animaux. Cette fois, vous ne dessinez pas ce que vous voyez, mais ce que vous entendez. Notez les sons dans votre carnet – leur rythme, leur durée, leur tonalité. Les naturalistes utilisent des représentations graphiques pour noter les chants d’oiseaux : des courbes, des traits, des formes qui rendent compte du rythme et de la mélodie. Vous pouvez aussi simplement les décrire en mots. Et si vous repérer le chanteur, vous pouvez tenter un petit croquis rapide s’il se pose (Pour aller plus loin sur ce sujet : Comment noter un chant d’oiseau : 4 étapes pour l’identifier grâce au dessin).

Explorer avec son carnet une fois le sujet trouvé

Une fois votre sujet identifié, voici comment l’explorer avec votre carnet.

Multipliez les points de vue. Dessus, côté, 3/4, gros plan sur un détail. Un même sujet peut occuper plusieurs pages, et chaque angle vous révèle quelque chose de différent. Une feuille vue de face n’a rien à voir avec la même feuille vue par-dessous, où les nervures se détachent sur la lumière.

Variez les échelles. Une vue d’ensemble, puis un détail agrandi. Si vous dessinez une branche de lierre, faites aussi le détail d’une feuille. Si vous dessinez un champignon, faites aussi le dessin des lamelles sous le chapeau. Indiquer les proportions est une bonne habitude.

Utilisez les mots. Le carnet nature n’est pas qu’un carnet de dessin – c’est un carnet d’observation. Légendez vos dessins, notez les couleurs, les textures, le comportement que vous observez, les sons alentour. Les mots précisent ce que le dessin ne peut pas toujours montrer.

Notez vos questions. Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ? Qu’est-ce qui vous intrigue ? Ces questions sont précieuses – elles alimentent la curiosité et donnent envie de revenir, de chercher, d’apprendre. Pourquoi cette mousse pousse-t-elle sur ce côté de l’arbre seulement ? Quel est cet insecte que je n’arrive pas à identifier ?

Datez et localisez systématiquement. La date, le lieu, la météo, la température. Ces informations semblent anodines, mais elles deviennent précieuses avec le temps. En relisant vos carnets d’une saison sur l’autre, vous commencez à percevoir les rythmes : telle espèce apparaît à telle période, telle couleur domine en juin mais plus en août. C’est là que le carnet nature devient vraiment fascinant.

(Pour aller plus loin sur la pratique du carnet nature : Comment découvrir et dessiner la Nature tous les jours avec le Nature Journaling)

Page d’un carnet nature nature journaling fleurs

Petite page de carnet nature

Vous avez maintenant la méthode complète. Avant de conclure, une question revient souvent.

Et si je ne trouve rien qui correspond au lancé ?

C’est la première objection qu’on entend, et elle est légitime. Si vous faites 1-4 (graminées) et vous êtes dans un sous-bois sans herbe en vue, qu’est-ce que l’on fait ? 

Et bien, cherchez un peu quand même 😉. L’exploration active, c’est précisément l’activité. Le fait de regarder autour de vous en cherchant quelque chose de précis vous rend plus attentif – et vous allez probablement remarquer des choses que vous n’auriez jamais vues sans ce prétexte. C’est le paradoxe de la contrainte : en réduisant le champ, on observe mieux.

Et si vraiment rien ne correspond après quelques minutes, relancez le dé. Ce n’est pas de la triche.

Une autre approche consiste à préparer sa sortie à l’avance en choisissant un thème avant de partir : une sortie axée sur les fleurs, une sortie oiseaux, une sortie champignons en automne. Elle fonctionne très bien aussi, et les deux démarches se complètent parfaitement. La méthode du dé est simplement plus spontanée, plus légère, et demande beaucoup moins de préparation. Elle convient particulièrement quand on veut juste sortir, observer, et laisser le terrain décider.

En résumé

Le blocage du “je dessine quoi ?” vient souvent de l’excès de liberté. Trop de choix, c’est parfois aussi paralysant que pas de choix du tout.

Le dé règle ce problème en une seconde. Il choisit pour vous, il restreint le champ – et cette contrainte libère l’attention. Vous partez en exploration intentionnelle, plus concentré, plus curieux. Vous observez mieux. Vous découvrez plus.

Vous n’avez besoin que d’un dé, physique ou numérique, de votre carnet, d’un crayon, et d’un espace à explorer. Gardez aussi en tête l’état d’esprit du naturaliste curieux – “quelqu’un qui veut toujours voir quelque chose de nouveau, ou regarder plus attentivement quelque chose qu’il pense déjà connaître”.

Le reste vient avec la pratique.

Si vous testez cette activité, je serais curieux de savoir ce que vous avez découvert. Partagez votre expérience en commentaire – les résultats de vos lancés, ce que vous avez trouvé, et si vous avez adapté les catégories à votre milieu 🙂.

Vous pouvez retrouver une petite fiche pratique à imprimer avec les propositions de thèmes juste en dessous.  Une autre solution est simplement de recopier cette liste, en l’adaptant (ou pas), sur une page à la fin de votre carnet par exemple.

Bonnes explorations nature et à très vite !

Références

  • Fiche récapitulative imprimable des thèmes de dessin 
  • Verena Hillgärtner, “In Merian’s Footsteps: Backyard Expeditions for the Curious”, Wild Wonder Conference 2025
  • Clare Walker Leslie, Nature Drawing: A Tool for Learning, Prentice Hall, 1980
  • Libby Mills, naturaliste, artiste et éducatrice – podcast Chris Morgan Wildlife, Bird watching and listening with Libby Mills – YouTube
  • Nina Sokolov, Wild Wonder Conference 2025

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