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 Il y a quelques semaines, je me suis surpris à penser que le carnet nature ne servait à rien. C’est juste une question qui est venue comme ça en marchant : à quoi bon observer, dessiner, tenir un carnet ? J’avais l’impression de déjà connaître tout ce que je croisais, et plus rien ne me donnait envie de sortir le carnet.

Si vous tenez un carnet nature, vous avez peut-être connu ce moment où l’élan retombe. Le décrochage est très discret : vous sortez moins souvent, vous partez sans le carnet parce que « ce n’est pas le bon moment », vous vous posez quelque part sans envie de dessiner, et vous repoussez à la prochaine fois.

Plutôt que de balayer ce doute, j’ai cherché d’où il venait. Ce que j’ai compris a changé ma façon de pratiquer, et je crois que ça peut vous aider à retrouver l’envie, vous aussi.

Je prépare en ce moment une formation gratuite sur le carnet nature, « Sors ton carnet » : 4 séances en live les samedis de juillet et août. Si vous voulez faire partie des premières personnes à la tester, c’est par ici.

Le vrai blocage se situe avant le dessin

Quand vous n’arrivez plus à vous y mettre, vous pensez souvent que le problème vient du dessin, qu’il vous manque de la technique. La plupart du temps, il est ailleurs.

Imaginez une pyramide. Tout en haut se trouve le carnet, le dessin, ce qui se voit. Mais à la base, dans les fondations, il y a deux choses beaucoup plus discrètes : l’attention et la curiosité. Sans fondations solides, impossible de monter à l’étage. Vous vous retrouvez le carnet ouvert, sans savoir quoi regarder, et tout devient forcé.

C’est exactement ce qui m’arrivait. Le problème se situait dans les fondations : j’avais perdu la curiosité, bien avant même d’ouvrir le carnet. Pour la retrouver, il fallait d’abord comprendre pourquoi elle s’était éteinte, puis remettre les choses dans le bon ordre.

Pyramide attention curiosité carnet nature journaling

La pyramide du Nature journaling

Pourquoi on décroche du carnet nature

En creusant, j’ai repéré deux causes, qui se renforcent l’une l’autre.

La première, c’est la familiarité. Quand vous retournez toujours dans les mêmes endroits, proches de chez vous, vous finissez par croire que vous les connaissez, et vous les regardez de moins en moins. C’est un peu comme habiter face à un paysage magnifique : à la longue, l’œil s’habitue et ne le voit plus.

Dans mon cas, un réflexe de métier n’arrangeait rien. J’ai longtemps fait des inventaires naturalistes, notamment en bureau d’études, où il faut aller vite, nommer, classer, repérer en priorité les espèces rares. À force, on pose une étiquette sur tout, « ça, je connais », et on cesse de vraiment regarder.

Sylvain Tesson l’écrit dans La panthère des neiges : « On pouvait s’échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant. » Attention au contresens : ce n’est pas l’endroit qui s’épuise, c’est le regard. La solution n’est pas de courir sans cesse vers de nouveaux lieux, mais d’y revenir avec de l’attention. Un endroit mille fois parcouru redevient passionnant dès qu’on le regarde vraiment.

La seconde, c’est la pression du résultat. Un exemple le montre bien, et il peut se produire dans beaucoup d’endroits. Un jour, j’étais parti dessiner dans une tourbière pas très loin de chez moi. Le trajet n’avait rien d’insurmontable, mais il était assez long pour installer une idée dans ma tête : « j’ai fait le déplacement, il faut que je rentre avec des dessins. » Une fois sur place, dans ce mode pressé, je n’avais plus aucune envie de dessiner. J’étais là physiquement, mais mon attention était ailleurs. Et sans attention, vous ne savez tout simplement pas quoi dessiner.

Dessin naturaliste ou carnet nature ?

On confond souvent les deux, et cette confusion décourage. Le dessin naturaliste est un dessin précis et fini, réalisé au calme, souvent à partir d’une photo : le but est un beau dessin, juste et détaillé. Le carnet nature vise autre chose : noter, croquer vite, poser des questions, comprendre et se souvenir. Si vous croyez devoir réussir un beau dessin à chaque page, vous vous arrêtez sur un seul sujet, vous y passez une heure, et vous rentrez épuisé sans avoir rien découvert. Le carnet nature vous demande seulement d’observer.

Le point commun de ces deux causes, c’est la place que prend le mental. Le mode « efficace », celui qui coche des cases, est précieux au quotidien mais vous coupe de ce qui vous entoure dès que vous voulez observer la nature. Au fond, ni le lieu ni la technique ne sont en cause : ce qui manque, c’est l’attention.

L’attention vient avant la beauté

À un moment, je m’étais dit quelque chose de simple. Quand une chose vous semble belle, vous le savez tout de suite, sans avoir à y réfléchir, et vous avez naturellement envie de vous en souvenir, donc de la dessiner. La beauté comme moteur, sans effort.

L’idée se tient, mais elle est incomplète. Parce que, de temps en temps, en sortant, rien ne me semblait beau. Cela arrivait surtout dans ces moments où j’étais pressé, ou dans un endroit trop familier pour le regarder encore vraiment. Et quand rien ne ressort, le problème vient rarement du paysage. Il vient d’un manque d’attention.

Le déclic est venu pendant une balade sans but, où je marchais sans chercher à nommer et sans intention de dessiner. Petit à petit, des choses ont commencé à apparaître : une lumière sur un tronc, une texture d’écorce, un oiseau occupé à mener sa vie.

En fait, l’attention vient d’abord, la beauté apparaît ensuite. Quand vous arrivez quelque part avec l’objectif de trouver un sujet, votre mental passe en mode scan : il cherche, il compare, il rejette, et vous traversez le paysage au lieu de le regarder. Quand vous arrivez sans objectif, quelque chose se détend et les choses se mettent à ressortir. Elles étaient là avant, vous les voyez enfin. Le dessin sert moins à capturer ce qui est beau qu’à apprendre à le voir.

De là, j’ai fini par voir une séquence, toujours dans le même ordre. D’abord l’attention, cet état d’esprit ouvert qui fait que vous remarquez quelque chose. Ensuite la curiosité, quand vous prenez le temps d’observer et que des questions arrivent. Enfin le carnet, qui prend alors tout son sens, et qui vous fait aller encore plus loin dans l’attention et la curiosité. La boucle se nourrit d’elle-même.

Voici un petit exemple concret de cette boucle. Un jour, je suis tombé sur un arbre un peu étrange. Une grosse branche partait très bas sur le tronc, l’écorce y était bien plus lisse qu’ailleurs, et des cicatrices en forme d’œil marquaient d’anciennes branches le long du tronc. En m’arrêtant pour le dessiner et noter mes questions, j’ai remarqué que toutes les branches poussaient du même côté, celui du chemin, donc de la lumière. Le dessin a fait naître une question, la question a appelé une nouvelle observation, qui a appelé un autre dessin. Passé sans m’arrêter, je n’aurais rien vu de tout ça.

dessin arbre page carnet nature journaling

La branche mystère

Ce qui ouvre cette séquence, c’est l’attention. Et pour y entrer, rien ne fonctionne mieux qu’une approche méditative : une attention ouverte, qui ne cherche pas à contrôler, simplement présente à ce qui se passe dans l’instant (j’explore ce lien entre méditation et dessin nature dans cet article).

Le naturaliste John Muir Laws a une jolie formule pour ça : « Aimer, c’est porter une attention soutenue et bienveillante. »

Les clés pour raccrocher

Une fois le pourquoi compris, il reste le concret. Voici les gestes qui m’ont permis de raccrocher. Prenez ce qui vous parle et laissez le reste.

Commencez par vous poser. Avant de sortir le carnet, accordez-vous un moment pour atterrir. Écoutez les sons autour de vous sans chercher à les reconnaître, puis sentez votre corps, le contact du sol, l’air, la température. En quelques minutes, votre attention redescend. C’est seulement à ce moment, si quelque chose attire votre regard, que vous sortez le carnet. Si rien ne vient, ne forcez pas.

Dessinez pour noter, pas pour réussir. Un arbre bizarre, une branche cassée, un insecte que vous ne reconnaissez pas. Vous croquez vite, vous écrivez vos questions, vous cherchez à y répondre en observant encore. Ce n’est pas une performance, c’est une enquête.

Dessinez aussi pour vous souvenir. Parfois, ce qui vous pousse n’est pas la curiosité, mais l’envie de garder une trace : cette lumière, à cet endroit, à cette heure. C’est une porte d’entrée souvent plus douce pour reprendre la pratique.

Le saviez-vous ?

Vous vous souvenez surtout de ce à quoi vous avez prêté attention. Faites le test au retour d’une balade : le soir, ce qui reste net dans votre mémoire, ce sont les quelques sujets que vous avez pris le temps d’observer et de dessiner. Le reste est sûrement un peu plus flou (j’en parle dans comment se souvenir de ses balades nature grâce au dessin).

Quand le mental s’emballe, revenez à ce que vous observez. Vous êtes attentif, quelque chose vous semble beau, et aussitôt le mental veut analyser cette beauté, la commenter, la comparer. En faisant ça, il « traite » l’expérience, et l’envie de dessiner retombe. Si au contraire vous restez dans l’observation directe, l’envie de dessiner est même plus forte, et le dessin prolonge le moment. C’est le même geste qu’en méditation : quand une pensée vous emporte, vous revenez à ce que vous avez sous les yeux, simplement, sans faire d’histoire.

Gardez un petit carnet dans la poche. Le grand format A4 est parfait pour vous poser longuement, mais trop encombrant pour une observation attrapée au vol. Un carnet de poche change tout : vous le sortez en cinq secondes, vous croquez deux minutes, vous repartez. C’est souvent lui qui sauve les découvertes spontanées.

Commencez avec ce que vous avez. Une feuille et un support ou un carnet si vous en avez déjà un, et un crayon suffisent pour votre première sortie. Vous affinerez votre matériel plus tard. Un point utile tout de même : pour l’aquarelle ou le feutre, prévoyez un papier d’au moins 110 g, sinon il gondole et il y a un risque de passer au travers.

« Je ne trouve rien » ne veut pas dire « il n’y a rien ». Il y a toujours quelque chose à observer, à condition d’avoir l’attention pour le voir. Quand vous ne trouvez rien, c’est le signe que vous êtes encore dans votre tête, et la solution tient en un mot : ralentir (si la page blanche vous bloque souvent, j’ai rassemblé d’autres pistes dans 6 stratégies pour dépasser la page blanche).

Le regard des autres est un obstacle normal au début. Se demander ce que les passants vont penser, c’est une préoccupation fréquente quand on débute, et elle passe avec le temps. Pour commencer, choisissez un endroit tranquille où vous serez à l’aise (plus de pistes dans dépasser le regard des autres quand on dessine dehors).

page nature journaling carnet plante fleur

Chicorée journaling

Deux sorties pour cette semaine

Le plus simple pour raccrocher, c’est une sortie sans enjeu. Testez-en une cette semaine, ou les deux.

Une sortie sans carnet. Sortez sans matériel de dessin. L’objectif est seulement de retrouver un peu d’attention et de curiosité. Promenez-vous sans destination, en suivant ce qui vous attire, un rayon de soleil, un arbre, un bruit. Si une pensée vous emmène ailleurs, revenez simplement à ce qui vous entoure. Sans la pression de dessiner, votre regard se réveille tout seul.

La même chose, avec le carnet. Rendez-vous dans un endroit tranquille où vous êtes à l’aise pour vous poser. Commencez par quelques minutes de présence, les sons puis les sensations du corps. Quand quelque chose attire votre attention et vous donne envie de mieux le connaître, sortez le carnet et suivez le fil des observations et des questions. Et si rien ne vient, ce n’est pas grave : vous aurez passé un moment attentif dehors, et c’est déjà l’essentiel.

Ce que ça change

Depuis, ma pratique a un peu changé. Je sors moins pour « faire des dessins » que pour être dehors et voir ce qui se passe. Je ne sors le carnet que lorsque quelque chose m’arrête vraiment. Et curieusement, je dessine plus qu’avant.

Si l’envie du carnet vous a quitté, regardez du côté des fondations plutôt que de votre coup de crayon : l’attention et la curiosité. Remettez la séquence dans le bon ordre, attention puis curiosité puis carnet, et l’envie revient d’elle-même.

C’est ce travail que je vous propose de faire ensemble dans la formation gratuite « Sors ton carnet » : 4 séances en live le samedi matin, de juillet à août, pour lever les blocages et sortir le carnet sans pression. Les inscriptions sont ouvertes ici : dessiner-la-nature.com/sors-ton-carnet.

Et si vous préférez avancer à votre rythme, tentez simplement les deux sorties de cette semaine. Si vous avez des questions ou envie de partager vos observations, rendez-vous dans l’espace commentaires un peu plus bas 🙂.

J’y répondrai avec plaisir !

Bonnes observations, et à très vite ! 

Et si vous preniez 3 minutes pour faire le point ?

J’ai préparé un court questionnaire pour mieux comprendre ce qui vous aiderait vraiment à progresser dans votre pratique du dessin nature.

👉 Cela m’aide à faire évoluer le blog… et peut aussi vous aider à y voir plus clair.

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