Temps de lecture : 11 minutes

Comment reconnaître le chant des oiseaux ? À priori, ça peut sembler compliqué … voir même franchement impossible.

Il y a tellement de diversité de chants, de variations de sons, de rythme, qu’on peut vite se sentir complètement perdu.

Pourtant, c’est la première chose qui permet de savoir qu’un oiseau est là. Être attentifs aux chants des oiseaux et savoir les reconnaître permet donc de voir beaucoup plus d’oiseaux.

Je me rappelle très bien, quand j’ai commencé à m’y intéresser, alors qu’autour de chez moi je ne voyais que des moineaux, des pies et parfois quelques mésanges, j’ai commencé à me rendre compte de toute la diversité d’espèces présente et faciles à voir, sans partir très loin.

Prendre le temps de s’arrêter, d’écouter et d’observer change vraiment tout. Et c’est tout à fait possible et accessible.

Des naturalistes réalisent des inventaires uniquement à l’oreille. Les oiseaux se reconnaissent aussi sans problèmes entre eux. C’est vraiment une compétence qui s’apprend et qui n’est pas réservée à quelques experts.

Mais à quoi faut-il être attentif quand on entend un chant ? Et comment retenir ce que l’on entend ?

Je vous ai parlé d’une approche dans cet article, ici, je voudrais vous proposer autre chose, pour rendre le fait d’être attentif et de retenir plus facile.

On va parler de comment utiliser le dessin et la prise de notes pour apprendre à reconnaître les chants d’oiseaux.

Et c’est bien plus simple que ce que l’on peut penser 🙂.

C’est parti, bonnes découvertes !

Reconnaître un chant d’oiseau : une question d’attention

Reconnaître un chant d’oiseau demande 2 choses :

  • Être attentif à certains éléments précis,
  • Mémoriser ce que l’on entend.

Sans un peu plus de précision … ça peut sembler un peu flou tout ça : on écoute, mais qu’est ce qu’on écoute exactement ? Qu’est ce qu’on essaye de repérer et de retenir ?

Sans ça, on peut un peu avoir l’impression que tous les chants se ressemblent.

Quand j’ai vu pour la première fois quelqu’un reconnaître le chant d’un Rougegorge, ça m’a semblé presque magique … comment c’était possible ?

En fait, tous les chants possèdent des caractéristiques qui leur sont propres et qui permettent de les distinguer :

  • Le rythme (lent, rapide, qui accélère, qui est constant ou qui ralenti),
  • La répétition (une séquence répétée plusieurs fois),
  • La hauteur et comment elle varie pendant le chant (grave ou aigu),

  • La durée,
  • La structure (motifs répétés, variations),
  • L’intensité (plus ou moins forts),
  • La « qualité » (flûté, grinçant, métallique, etc).

On peut aussi y ajouter le contexte dans lequel le chant est entendu : moment de la journée, d’où vient le son (haut dans un arbre, oiseau visible ou non, bas / vers le sol, dans une haie, etc).

L’approche classique, que nous avons vu dans cet article est de choisir 2 ou 3 chants faciles et communs pour commencer (qui viennent d’oiseaux que vous pouvez croiser facilement au quotidien) et d’étudier leurs chants en les écoutant (YouTube, Xéno-canto, CD joint à un guide papier, …).

On cherche à repérer les points que nous avons vu : motifs, qualité, hauteur, …

C’est ensuite la répétition qui permettra de les mémoriser.

Petit à petit, vous pourrez apprendre plus de chants en prenant comme point de référence les premiers chants appris (ce nouveau chant est plus rapide que tel autre chant, plus flûté que celui-là, etc).

La prise de note et le dessin sont ici complémentaires ou peuvent remplacer cette approche.

Ils permettent soient d’apprendre de manière un peu moins « scolaire », soit de se souvenir d’un chant que vous avez entendu en balade mais que vous ne connaissez pas déjà (sinon, sans trace ce son sera oublié).

Ils permettent donc de progresser en partant directement des sons entendus en balade.

Merle noir perché qui chante

Gros coup de cœur pour le chant flûté du Merle (Peter Schmidt, Pixabay)

Pourquoi dessiner et noter aide à reconnaître les chants

Quand on prend des notes pendant une conférence ou un cours, on retient mieux, ça parait assez intuitif.

Mais pourquoi ?

Et bien parce que noter oblige à :

  • Être attentif,
  • Reformuler,
  • Structurer,
  • Choisir ce qui est important,
  • et permet d’avoir une trace sur laquelle on pourra revenir plus tard, ce qui est essentiel pour mémoriser à long terme.

Avec les chants d’oiseaux, c’est exactement la même chose (comme avec toute observation nature d’ailleurs, d’où l’intérêt d’un carnet nature).

Poser un chant sur le papier oblige à :

  • L’écouter vraiment,
  • Le découper en parties gérables et notables,
  • Identifier ses motifs,
  • Le formaliser,
  • Et permet d’y revenir facilement.

On passe donc d’une écoute passive à une écoute active.

Le simple fait de tracer une ligne plus ou moins ondulée, pour représenter les variations de hauteur, de noter le rythme avec des barres, ou d’écrire des onomatopées transforme complètement l’attention.

On devient beaucoup plus précis. Et ça change tout !

Pourquoi ne pas chercher à nommer (au début) :

La recette pour reconnaître une espèce ou un chant est d’observer et de retenir un maximum d’indices.

Mis ensembles, ces indices permettent de dire qu’il s’agit d’une espèce plutôt que d’une autre. Et cette recette a un ingrédient essentiel : la curiosité. C’est elle qui permet d’être attentif et de retenir.

Il y a un phénomène tout à fait bizarre que j’ai remarqué qui fait que quand on a la réponse, on perd cette curiosité.

Si on veut absolument mettre un nom rapidement sur une observation, le risque est de ne pas bien observer ou écouter, de ne pas récolter suffisamment d’indices, et de se tromper (en ratant beaucoup d’observations intéressantes au passage). Si on nous donne la réponse, l’effet est à peu prêt le même, la curiosité se fait la malle.

Il y a plein de choses à observer et connaître au-delà du nom.

La démarche que je vous propose ici est donc :

  1. D’observer / écouter
  2. Noter ce que l’on perçoit,
  3. Décrire sans interpréter,
  4. éventuellement observer l’oiseau pour compléter, noter comment il est, pour faire le lien entre le chant et son aspect,

La prochaine fois que vous l’entendrez, vous saurez que vous l’avez déjà rencontré et si vous le voyez, vous pourrez faire le lien entre son aspect et son chant (et essayer de reconnaître cet oiseau, plus de conseils là-dessus juste ici 😉).

Après ce début un peu théorique, voyons tout de suite comment faire concrètement pour prendre en notes le chant des oiseaux 🙂.

Comment prendre en notes un chant d’oiseau ?

Rien de mieux qu’un exemple concret pour voir à quoi ça peut ressembler.

Petit avertissement ici, ce n’est qu’une manière de faire et il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises manières de noter les chants d’oiseaux 🙂.

Comme avec un carnet nature en général, il y a beaucoup de place pour la créativité. Cet exemple vous donne donc des idées mais vous pouvez tout à fait les adapter à votre manière 😉.

Prenons l’exemple d’un petit Pinson des arbres.

Dessin et description chant de Pinson des arbres

Il n’y a pas une seule manière de faire, ici les 2 façons de représenter le chant du Pinson des arbres

Dessins chants d’oiseaux

La manière d’écrire et de dessiner peut permettre de représenter le chant dircetement (ici son de – en – fort et qualité du son)

À l’horizontale on a le temps, à la verticale on a la hauteur du son (plus la courbe est haute, plus le son est aigu).

Un son continu fera donc un trait prolongé, une note unique fera un trait beaucoup plus court.

L’intensité (son fort ou faible) est représentée par l’épaisseur du trait. Des petites onomatopées improvisées et personnelles notées à côté du dessin permettent de préciser un peu le son entendu.

Une autre manière d’indiquer qu’un son est plus fort est simplement d’écrire l’onomatopée en plus gros.

À côté on a quelques infos en plus qui permettent de décrire le son : rapidité, côté mélodieux, grinçant, flûté, si le chant ressemble à quelque chose que l’on connaît …

Il y a aussi des petites infos pratiques sur l’habitat naturel où le chant a été entendu (son qui vient du haut des arbres, forêt de chênes, dans une haie, etc), le lieux précis où il a été entendu et quand (date et heure).

Ça fait donc pas mal de petites choses, je vous propose de reprendre le tout pas à pas 🙂.

Prendre en notes un chant en 4 étapes

1. Fermer les yeux

Cette étape n’est pas indispensable mais elle peut beaucoup vous aider. L’idée est de fermer les yeux pour focaliser son attention sur ce que l’on entend, sans être distrait par le reste.

Pour savoir si cette étape vous est utile, vous pouvez tout simplement faire le test en écoutant un chant d’oiseau les yeux ouverts et les yeux fermés pour voir ce qui est le plus aidant pour vous.

2. Dessiner le chant dans les airs

Les chants d’oiseaux sont parfois longs et complexes.

Résultat, une fois que vous avez fini d’écouter, vous pouvez vous sentir un peu perdu au moment de reporter les choses sur votre feuille tellement vous avez entendu de choses différentes …

Pour vous aider à être plus précis et à mieux retenir, vous pouvez mimer le son dans les airs.

Bougez votre main en même temps que vous entendez le son.

Le son passe du grave à l’aigu ? Montez votre main. Il passe de l’aigu au grave ? Descendez votre main. Il fait des notes très rapides et très proches ? Vous pouvez agiter vos doigts.

Ça peut sembler un peu bizarre mais c’est très efficace !

En fait, pour vous donner une idée concrète, l’idée est de « dessiner » le son dans les airs, vous reproduisez ce que l’on va ensuite tracer sur la feuille.

Vous allez donc ensuite simplement refaire ce mouvement, mais avec votre crayon et sur votre feuille.

3. Reportez sur la feuille

Refaites exactement le mouvement que vous avez fait dans les airs, mais sur votre feuille et avec votre crayon.

Vous pouvez vous concentrer sur une partie du chant et sur quelques secondes seulement pour que ça reste plus gérable.

Voici un deuxième exemple de ce à quoi ça peut ressembler avec un autre chant.

Dessin chant Roitelet huppé

Chant régulier du Roitelet huppé

4. Rajoutez des annotations

Pour être un peu plus précis, vous pouvez maintenant compléter votre dessin avec quelques annotations.

  1. Les onomatopées 

Ajoutez des onomatopées sur votre graphique pour décrire ce que vous entendez. Elles n’ont pas besoin d’être parfaites : chaque personne met une onomatopée différente sur un même son entendu.

Le but est juste qu’elle soit parlante pour vous et vous permette de décrire et de vous rappeler un peu mieux à la relecture du son que vous aurez entendu.

Pour vous rendre compte d’à quel point c’est vraiment une histoire d’interprétation personnelle, vous pouvez regarder dans un guide sur les oiseaux : les chants sont souvent décrits par les auteurs avec des onomatopées, parfois un peu farfelues (c’est souvent assez drôle à lire d’ailleurs 🙂).

2. Décrire le son Il s’agit ici de décrire comment sonne le son.

Il peut par exemple être flûté, grinçant, clair, métallique, irrégulier, mélodieux …

Il peut ralentir, descendre en « cascade » (comme celui du pinson des arbres par exemple), accélérer. Il peut aussi vous faire penser à un son que vous connaissez (une bille qui rebondi pour la Mésange bleue, un papier que l’on froisse pour le Rougequeue noir, une roue qui grince pour le Serin cini, etc).

Vous pouvez trouver plus d’idées sur cette partie dans cet article.

3. Informations sur l’habitat 

Vous pouvez compléter avec des informations sur où vous avez entendu le chant.

Est-ce que vous étiez en forêt et le chant venait du haut des arbres ? Quel type de forêt c’était (conifères, feuillus et quelles espèces d’arbres dominent) ? Est-ce qu’il y a une rivière ou est-ce que c’est un milieu humide (mares, présence de roseaux, …) ? Est-ce qu’il venait d’une haie ? Est-ce que l’oiseau était posé et chantait bien en vu ou est-ce qu’il sautait de branche en branche en mode hyperactif ?

Toutes les informations sur l’habitat au sens milieu naturel dans lequel vous vous trouvez sont utiles ici.

4. Métadonnées 

Ces informations permettent là aussi de donner du contexte. Vous pouvez noter le lieu et la date / l’heure de votre observation.

Ces données seront précieuses au moment de relire vos notes 🙂.

Dessin et description chant de Roitelet huppé

Avec quelques notes en plus

Derniers petits conseils

Encore une fois, pas de pression : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire 🙂.

Le simple fait de prendre votre crayon et d’essayer de poser ce que vous entendez sur le papier vous permettra d’être plus attentif et de mieux retenir, même si vous n’obtenez que quelques traits pour commencer.

C’est un petit coup à prendre. Une fois que ce sera fait, vous aurez un nouvel outil avec vous, qui vous permettra d’apprendre en continu les chants d’oiseaux que vous rencontrerez au cours de vos balades.

Pour vous entraîner, vous pouvez essayer avec un enregistrement trouvé en ligne sur YouTube ou sur Xeno-Canto.

Commencez par 2-3 espèces communes, avec des chants simples et des motifs répétés comme le Pinson des arbres, le Pouillot véloce ou le Grimpereau des jardins.

Vous pourrez élargir petit à petit à partir de ces premiers points de repère.

Pour finir

S’intéresser aux chants d’oiseaux n’est pas juste un petit truc qui permet de briller en société (ça ne marche pas très bien d’ailleurs).

C’est avant tout se rendre compte de l’incroyable diversité d’espèces qui existent, et qui sont présentes dans les lieux que l’on fréquente tous les jours, autour de chez soi.

Vous pourrez voir beaucoup plus d’oiseaux. Même sans les voir, vous saurez qu’ils sont bel et bien présents si vous les entendez. Au lieu de se balader en ayant l’impression qu’il n’y a pas grand monde, vous vous rendrez compte que nos lieux de promenade sont remplis de ces voisins à plumes, et qu’ils sont très nombreux et variés.

Avec la bonne approche et les bons outils, c’est tout à fait accessible.

L’approche classique, que nous avons vu dans cet article est de :

  • 1. Choisir 2-3 espèces communes avec des chants simples,
  • 2. Étudier leurs chants : structure, mélodie, parties caractéristiques, etc
  • 3. Les écouter régulièrement pour les retenir,
  • 4. Une fois retenu, se servir de ces chants comme points de comparaison pour en apprendre d’autres.

La prise de notes et le dessin permettent ici de faciliter le fait d’être attentif et permettent de mieux retenir. Si vous entendez un chant en balade, vous n’aurez pas besoin de l’avoir étudié avant pour le retenir et trouver à quelle espèce il appartient.

C’est un vrai outil qui est très utile, d’autant plus si vous avez déjà un carnet nature pour vos balades.

Comme à chaque fois, je vous recommande chaudement de prendre quelques instants dès maintenant pour tester cette approche et voir si elle peut vous aider.

Rendez-vous ici par exemple pour trouver un chant d’oiseau, prenez un crayon et un stylo, et reprenez les 4 étapes que nous avons vu dans la dernière partie. Commencez pas trop compliqué en partant sur des espèces avec des motifs courts et répétés comme le Pinson des arbres.

Une fois que vous serez à l’aise avec ce nouvel outil, vous pourrez l’utiliser pour n’importe quelle sortie nature pour noter les chants d’oiseaux (ou de grenouille ou d’autre chose) que vous entendez.

J’espère que cet article vous a plu ! 🙂

Si vous voulez en savoir plus sur comment utiliser le dessin pour découvrir la nature et noter vos observations, vous pouvez télécharger gratuitement le guide juste en dessous.

Et si vous avez des questions ou partages, rendez-vous dans les commentaires un peu plus bas, j’y répondrai avec plaisir.

Belles découvertes nature !

À très vite !

Ressources

John Muir Laws, The Laws Guide to Nature Drawing and Journaling, ed Heyday Books, 2016 The Nature Journal Connection, Episode 21, Birdsong in your Nature Journal – John Muir Laws, YouTube Ressources pour aller plus loin :
  • Apprendre le chant des oiseaux : une très bonne playlist avec des vidéos courtes proposées par la chaîne Youtube “La minute nature” pour apprendre le chant des oiseaux.
Livres pour apprendre le chant des oiseaux : 
  • Bossus, A.; Charron, F. Les Chants d’oiseaux d’Europe occidentale, Illustrated édition.; DELACHAUX, 2020.
  • Wroza, S. Chants et cris d’oiseaux: 350 espèces de France, Illustrated édition.; DELACHAUX: Paris, 2023.
Quiz en ligne et applications :
  • Trombinature : de nombreux quiz naturalistes à partir d’images et de sons
  • AcouSTOC : Quiz en ligne, plus difficile, avec chants et cris.
  • Bird melody Europe : application de quiz avec des espèces d’Europe.
  • Birdnet : application pour reconnaître le chant des oiseaux à partir d’un enregistrement (sur le principe de “Shazam”).
  • Merlin Bird ID : application pour reconnaître les oiseaux à partir d’un son, d’une image ou de critères (couleurs, taille, comportement, …).
  • Xeno-canto : Site pour écouter et télécharger des chants d’oiseaux libres de droits.
  • Mini tuto vidéo pour créer des sonagrammes à partir d’un enregistrement audio : Youtube

Vous avez aimé cet article ?

Recevez gratuitement en complément
le guide « 5 Clés pour découvrir la nature grâce au dessin« 

A l’intérieur vous y trouverez :

  • 3 étapes pour capturer et retenir vos découvertes nature
  • Comment utiliser vos 5 sens pour découvrir les merveilles de la nature et enrichir vos dessins
  • Quel matériel choisir pour démarrer le dessin et l’observation de la nature
  • Comment exprimer votre créativité et explorer différentes techniques de dessin
Couverture de l'ebook "5 clés pour découvrir la nature grâce au dessin"
Si vous avez aimé cet article, vous êtes libre de le partager !