Comment observer les animaux l’hiver ?
À cette saison, tout paraît un peu endormi … les plantes et les arbres sont au repos, les mammifères se font très discrets, les oiseaux sont moins nombreux et insectes, grenouilles et reptiles ont comme disparu.
Tout ça ne nous incite pas forcément à sortir dehors et à observer la nature …
Pourtant, quelques mois plus tard, toute cette petite vie explosera à nouveau : papillons, oiseaux et grenouilles qui chantent …
Une question se pose donc … où sont passés tous ces animaux pendant l’hiver ? Qu’est ce que l’on peut observer concrètement ?
Dans cet article, je vous propose de voir les 4 grandes stratégies qu’utilisent les animaux pour passer l’hiver, ce qui nous permettra de comprendre ce que l’on peut observer et comment.
Nous verrons donc aussi des conseils pratiques pour faire plus d’observations nature à cette période de l’année.
C’est parti, bonne lecture ! 🙂
Les 4 stratégies des animaux pour passer l’hiver
Stratégie 1 : Rester actif et s’adapter
Principe général
La première stratégie est tout simplement de rester actif mais de s’adapter aux contraintes de l’hiver.
Les animaux rencontrent deux grandes difficultés à cette période : le froid, et la rareté de la nourriture.
Ces 2 contraintes s’alimentent puisqu’avec le froid les animaux ont besoin de plus d’énergie pour maintenir leur température et ont donc besoin de s’alimenter plus …
Les 4 stratégies que nous allons voir visent donc à surmonter ces 2 grandes contraintes.
Même si certains animaux restent actifs, la première astuce est de moins dépenser d’énergie : on bouge moins, on reste à l’abri quand il fait trop froid, et on limite l’énergie dépensée pour la recherche de nourriture.
Une stratégie très largement adoptée est alors de faire des réserves en automne, cachées pour rester à disposition tout l’hiver.
Cela demande de se rabattre sur des aliments qui se conservent (noix, racine, écorce, …) et d’avoir une bonne mémoire spatiale pour retrouver ses réserves (ce qui est quand même le but 🙂).
Le stock de nourriture peut alors être dispersé (comme chez l’Écureuil roux, le Geai des chênes ou le Mulot sylvestre) ou centralisé (chez le castor ou le campagnol par exemple).
On adapte aussi son régime alimentaire à cette période pour faire avec ce qui est disponible : graines, bois, écorces, fruits disponibles, racines.
Les animaux concernés par cette stratégie sont certains mammifères et les oiseaux qui ne migrent pas.

Certains Rougegorge resteront chez nous (Jürgen, Pixabay)

Tout comme les Renards roux (Alain Audet, Pixabay)
Les oiseaux
Adapter son régime alimentaire
Concrètement, les oiseaux peuvent : manger des graines, manger des fruits ou faire des réserves en automne.
Certains oiseaux ont à leur menu essentiellement des insectes … en hiver, un changement de régime s’impose donc.
Le Rougegorge par exemple va continuer à manger vers de terre, larves d’insectes, limaces, araignées, trouvés dans les feuilles mortes ou dans la terre mais s’il gèle, il se rabattra sur des petits fruits et baies disponibles.
Les fruits d’hiver sont donc très importants ! C’est une nourriture précieuse pour de nombreux oiseaux quand il fait très froid.
Le lierre par exemple est vraiment le super ami de la biodiversité avec ses fruits riches produits en hiver (en automne le nectar de ses fleurs fait également le régal des derniers insectes à une époque où il reste peu de fleurs).
Gui, pyracantha, aubépine, houx, sureau noir, … font parti de ces plantes qui produisent des fruits en hiver et sont donc précieux pour les oiseaux.
D’autres oiseaux anticipent un peu plus et choisissent de faire des réserves en automne.

Une baie de lierre, rien de mieux pour se réchauffer ! (Astrid Zellmann, Pixabay)
Faire des réserves
Le Geai des chênes par exemple peut cacher pas moins de 4600 glands pendant l’automne en les disséminant un peu partout (mousse, sous des feuilles, sous des racines, …) !
Pour les retrouver, il fait appel à une mémoire spatiale très développée et il dispose des indices visuels comme des petits cailloux pour s’aider.
Évidemment, une partie des glands n’est pas retrouvée, ce qui pourra donner de futurs arbres et contribuer à planter la forêt de demain.
Différentes mésanges cachent aussi leur nourriture pour l’hiver (la Mésange nonnette, la Mésange huppée et la Mésange noire par exemple), la Sittelle torchepot (qui cache graines et insects dans les fissures de l’écorce des arbres), le Pic épeiche, …

Oh la belle trouvaille, ça fera un bon repas d’hiver ! (Sharkolot, Pixabay)
Conseils d’observation
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’hiver est une très bonne saison pour observer les oiseaux ! Le froid les incitera à moins bouger et ils seront plus faciles à voir de plus près.
Ce sera encore facilité par l’absence de feuilles dans les arbres. Enfin, si vous avez un balcon ou un jardin, une mangeoire vous permettra de les observer plus facilement.
Faut-il nourrir les oiseaux l’hiver ?
Comment le faire pour que ce soit bénéfique ?
Nourrir les oiseaux n’est pas une absolue nécessité, ils savent se débrouiller sans ce petit apport de nourriture. Un petit coup de pouce quand il gèle et que la nourriture devient peu accessible est par contre le bienvenu (sans être indispensable non plus).
On y pense moins, mais l’eau est aussi importante que la nourriture à cette période, surtout quand il gèle.
Nourrir les oiseaux permet aussi le plaisir de les observer. Si vous commencez à les nourrir, il est par contre déconseillé d’arrêter avant le retour de températures plus clémentes. Les oiseaux s’habituent et savent à quelle heure passer à la mangeoire, et si la nourriture est absente, ils attendront, ce qui retardera leur recherche active de nourriture, ce qui pourrait être dangereux pour eux par temps très froids. Il est par contre déconseillé de nourrir les oiseaux hors hiver pour de nombreuses raisons (rassemblement d’oiseaux important favorisant la transmission de maladies, surproduction d’œufs avec des jeunes qui ne pourront pas être nourris parce que trop peu d’insectes …). Vous pouvez trouver d’autres conseils pratiques (type de nourriture, précautions à prendre, types de mangeoires,…) juste ici1 et ici2.
Les mammifères
Adapter son régime alimentaire
Les mammifères qui restent actifs en hiver adaptent leur régime alimentaire. D’un régime riche en fruit et en plante, il faut donc passer à des menus plutôt à base de graines, racines, écorces, …
C’est le cas des cerfs et chevreuils par exemple, habitués aux plantes, jeunes pousses, fleurs, ils préféreront les rameaux, écorces, ronces …
Le sanglier passe d’un régime riche en fruits, glands, et invertébrés, à un régime à base de racines, tubercules et vers.
Certains indices indiquent donc clairement le passage d’animaux : les fouilles très visibles des sangliers, l’écorçage et les bourgeons et rameaux sectionnés par les cerfs et chevreuils, …
Faire des réserves
L’écureuil est célèbre pour sa tendance à accumuler les noisettes pendant l’automne, mais ce n’est pas le seul 🙂.
Le Mulot sylvestre a aussi la même manie de cacher des graines et fruits secs un peu partout, quitte à en oublier une partie. Il dispose des repères visuels3 (des objets naturels) et olfactifs pour retrouver ses cachettes.
Le campagnol des champs stocke sa nourriture (graines, tubercules, racines, …) dans une chambre spécialisée dans ses galeries. Le castor de son côté fait des réserves d’écorce, qu’il accroche directement à la sortie de son abri, sous l’eau, pour y avoir accès facilement tout l’hiver.

La noisette et l’écureuil, tout une histoire (MrTarasyuk, Pixabay)
Conseils d’observation
Comme le restant de l’année, les mammifères sont plus actifs tôt le matin ou en toute fin de journée.
La neige et les temps humides seront vraiment vos alliés pour observer des empreintes.
Des empreintes pourront donc être observées dans la neige, le givre ou la boue. Des restes de repas comme des graines peuvent être observés au sol ou coincés dans l’écorce. L’écorçage justement ou les fouilles de sangliers ou de blaireaux sont aussi très caractéristiques.
Pour les plus motivés, les crottes sont des indices très souvent utilisés car ils permettent de savoir avec certitude qu’un animal est présent, en permettant de connaître parfois l’espèce.
Les mammifères ont aussi tendance à se montrer plus quand il y a peu de monde, cherchez donc à identifier ces moments 😉.
Enfin, une petite pluie sera idéale pour sortir, soit pendant, soit juste après. Non seulement il y aura moins de monde, mais les sens des mammifères (odorat et ouïe) seront perturbés, vous aurez donc plus de chance de faire des rencontres par hasard.
Si on ne reste pas actif pendant l’hiver, une autre stratégie est tout simplement de partir direction le soleil et la chaleur.

Empreinte de sanglier (AnRo0002,Wikimedia)

Écorce lissé par les frottements de sangliers (DidierFy, Wikimedia)

Souille de sanglier (DidierFy, Wikimedia)

Empreintes de cerf (Patrick Mackie, Wikimedia)

Tronc écorcé par un cerf (marque de territoire) (Benntree, Wikimedia)

Empreinte de renard (Juan Lacruz, Wikimedia)

Noisettes mangées par un écureuil (Giorgiomonteforti, Wikimedia)
Stratégie 2 : migrer
Là où on cherche parfois les destinations où chaleur et soleil sont au rendez-vous, les autres animaux font parfois la même chose 🙂.
Pas pour se détendre avec une Piña koala au bord de la plage, mais tout simplement pour trouver de la nourriture.
Avant le froid, c’est d’abord la principale motivation qui incite les animaux à quitter leurs quartiers d’été.
On pense évidemment aux oiseaux mais ce ne sont pas les seuls à adopter cette stratégie. Et oui, les insectes par exemple, voyagent aussi juste avant l’hiver pour certains … et parfois sur plusieurs milliers de km !
C’est aussi le cas d’espèces aquatiques comme le phoque ou le saumon atlantique. La principale motivation est de trouver des zones plus riches en nourriture, qui permettront, dans le cas du saumon, de se reproduire.
La migration chez les oiseaux
La migration des oiseaux est un phénomène vraiment passionnant je trouve, qui marque l’année au même titre que la chute des feuilles à l’automne ou l’arrivée des premières fleurs au printemps.
Ils parcourent alors parfois plusieurs milliers de kilomètres pour rejoindre leurs quartiers d’hiver.
Parmi les champions de la distance, on retrouve la Sterne arctique, qui parcourt pas moins de 70 000 km par an4 … Difficile de faire plus : pendant l’année, elle voyage d’un bout à l’autre de la planète, de l’arctique à l’antarctique, en suivant la lumière du jour et l’abondance de nourriture. Au cours de sa vie, il a été estimé qu’elle parcourt 2,4 millions de km, soit 3 voyages aller-retour Terre-Lune4 …
La Barge rousse de son côté parcourt 11 000 à 12 000 km sans escales5, soit plusieurs jours non stop.
L’Hirondelle rustique parcourt de son côté 10 000km entre Europe et Afrique australe. Enfin, le Martinet noir est capable de voler 10 mois non stop sans se poser : il dors, mange et même s’accouple en vol …
Le parcours sera semé d’embuche : fatigue, manque de nourriture, chasse, prédateurs, pesticides …

Martinet noir, toujours en vol ! (Alexis Lours, Wikimedia)

Hirondelles rustiques (Ralph, Pixabay)

Barge rousse, médaille de l’endurance (Kirkamon, Wikimedia)

Sterne arctique, la grande voyageuse ! (Christian Bickel, Wikimedia)
Les migrations peuvent être regroupées en 2 groupes : les migrations d’«instinct» : les jeunes font un trajet seul, alors qu’ils ne l’ont jamais fait avant, et les migrations en groupes.
Pour la migration d’instinct, le moment de départ, la direction générale et la durée approximative du voyage sont programmés génétiquement. Les jeunes apprendront ensuite de leur expérience et pourront modifier et affiner leur trajet. On retrouve ce type de migration chez les Hirondelles rustiques, le Martinet noir, le Pouillot fitis ou la Fauvette à tête noire. Chez ces espèces les jeunes partent en migration seuls, avant les parents.
D’autres oiseaux apprennent le trajet de migration grâce au groupe d’adultes expérimentés qu’ils suivent. C’est le cas chez les oies sauvages bien-sûr, et chez les Grues cendrées, les cygnes ou encore les Cigognes blanches.

Célèbre vol en V d’oiseaux migrateurs (Thomas, Pixabay)
Dans un cas comme dans l’autre, les oiseaux utilisent une combinaison de moyens pour s’orienter : champ magnétique terrestre, position du soleil et des étoiles (certaines migrations sont nocturnes), repères visuels à grande échelle (rivières, forêts, etc).
Enfin, chez certaines espèces, une partie de la population peut être sédentaire et une autre migrer (chez les cigognes par exemple). Ce n’est donc peut-être pas le même rougegorge que vous observez dans votre jardin en hiver et en été …
La migration a aussi lieu chez un autre groupe et est tout aussi passionnante : les insectes.
La migration chez les insectes
Le principe est exactement le même ici … sauf que l’on se retrouve avec des animaux qui ne pèsent parfois même pas 1 gramme qui parcourent plusieurs milliers de kilomètres chaque année.
La stratégie est très proche de celle des oiseaux : on fait un peu de réserves avant de partir, on s’alimente en cours de route (ce n’est pas le cas chez tous les oiseaux) et on utilise des repères comme le soleil, les éléments du paysages ou le champ magnétique pour s’orienter.
Quand on pèse si peu lourds, tout est bon pour préserver son énergie : certains insectes utilisent donc les vents favorables en haute altitude pour parcourir plus facilement de plus grandes distances (en profitant des bons vents pour les amener là où ils veulent).
Certains papillons, comme la Belle-dame ou le Vulcain, traversent nos montagnes et effectuent des trajets de plusieurs milliers de kilomètres.
La Belle-dame parcours par exemple jusqu’à 5000 km, entre l’Afrique du nord et le Royaume-Uni, en traversant les Alpes et les Pyrénées en fonction des populations de papillons.
Le papillon Monarque est célèbre pour son périple annuel en 3 générations entre le Mexique et le sud du Canada, un voyage de près de 9000 km6-8 !
Le Syrphe ceinturé, une espèce de mouche déguisée en guêpe, que l’on rencontre chez nous, migre entre la zone méditerranéenne et l’Angleterre, pour un périple de près de 2000 km. Chaque année, ce sont ainsi des milliards d’insectes (10 à 25 milliards) qui traversent la manche9 . Certaines libellules qui ne vivent pas en France ont aussi l’habitude de faire de grandes migrations. Ces trajets n’ont pas pu être appris, et, s’ils sont programmés génétiquement, ils cachent encore de nombreux mystères10 🙂.

Papiilon Monarque (Rhododendrites, Wikimedia)

Papillon Belle-dame (Jean-Pol Grandmont, Wikimedia)

Syrphe ceinturé (Hans Hillewaertè, Wikimedia)
Conclusion
Si le froid et le manque de nourriture obligent les animaux à s’adapter, certains restent bel et bien présents en hiver, même s’ils se font plus discrets. Dans cette première partie nous avons vu les 2 premières stratégies que peuvent adopter les animaux pour passer l’hiver : rester actif en adaptant ses comportements, ou partir direction le soleil.
Côté mammifères, de nombreuses traces et indices peuvent être observés à cette saison : empreintes, restes de repas, noisettes rongées, rameaux mangés, …
Pour les observer directement, on privilégiera le matin de bonne heure ou la fin de journée. Les oiseaux peuvent être observés plus facilement en hiver : ils s’activent moins, sont plus visibles grâce à l’absence de feuillages, et fréquentent les mangeoires.
Les migrateurs, oiseaux ou insectes, quittent nos territoires pour chercher la nourriture qui se fait rare en hiver. Ils parcourent parfois des distances impressionnantes, en se servant de points de repères comme le soleil, les étoiles, le champ magnétique ou des éléments du paysages (fleuves, rivières, forêts, …).
Dans la prochaine partie nous verrons les 2 dernières stratégies : hiberner / vivre au ralenti, et se transformer. Nous parlerons hérissons, insectes, grenouilles et reptiles entre autres !
Nous verrons aussi quelques conseils supplémentaires sur comment les observer, et comment un carnet d’observation nature peut-être très utile pour ça 🙂.
Vous trouverez quelques ressources pour aller plus loin juste et dessous (reconnaître les empreintes, en savoir plus sur la migration, …).
Enfin, vous pouvez trouver plus d’informations sur comment utiliser le dessin pour découvrir la nature en téléchargeant gratuitement le guide un peu plus bas.
Bonnes découvertes nature et à très vite !
Ressources
(2) 10 conseils pour bien nourrir les oiseaux en hiver, Parc Naturel Régional du Perche
(3) Stopka, P., Macdonald, D.W. Way-marking behaviour: an aid to spatial navigation in the wood mouse (Apodemus sylvaticus). BMC Ecol 3, 3 (2003). https://doi.org/10.1186/1472-6785-3-3
(4) L’incroyable migration de la sterne arctique dévoilée par des GPS, Ed Yon, National Geographic
(6) Migration des papillons, Wikipédia
(8) Monarque (papillon), Wikipédia
(9) Le grand voyage des syrphes migrateurs, Le Monde, 2023
(10) Migration des insectes, Wikipédia
Ressources pour aller plus loin :
– Clé de reconnaissance des empreintes de mammifères, ONF
– Application Clés de forêts (empreintes, arbres et rapaces), ONF
– Le guide nature Traces et indices, 2e édition, Collectif, ed La Salamandre, 2024
– Tracking for Nature Journalers, YouTube, John Muir Laws, 2020 : vidéo sur comment utiliser un carnet d’observation pour apprendre à déchiffrer les traces des animaux
– La migration des oiseaux: Comprendre les voyageurs du ciel, Maxime Zucca, ed Sud Ouest, 2024 : Ouvrage de référence sur la migration des oiseaux
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